Histoire de la création d’une Mystery très psychiatrique, d’un fou pour les fous…
Je ne sais pas comment germent les idées débiles dans la tête des gens, mais dans mon cas la douche du matin est une inépuisable source d’inventions farfelues. Une fois de plus, ce petit espace d’un mètre carré a produit dans mon cerveau quelque chose de bizarre, très bizarre…
L’histoire est un peu longue, revenons plus de 50 ans en arrière, à une époque où je n’étais pas encore né.
Eliza
Une étrange Intelligence Artificielle a croisé au moins trois fois ma vie de geek. Elle se nomme Eliza et sa naissance date de 1964. Son père est un informaticien germano-américain nommé Joseph Weizenbaum. Il travaille à l’époque pour le laboratoire d’I.A. du M.I.T. et crée ce programme qui simule une discussion avec un psychiatre. Eliza fonctionne par reconnaissance de formes et substitution de mots. Elle est capable de reformuler des phrases et de poser des questions à partir des échanges précédents.
> I am the psychotherapist. Please, describe your problems.
I am unhappy.
> Are you unhappy often?
Yes.
> Can you elaborate on that?
Too much work.
> Why do you say too much work?
Mon premier contact avec cet algorithme date de mon adolescence. Je programme une version très simple d’Eliza sur mon ordinateur de l’époque (et je vous interdis de penser que j’étais un ado geek cinglé qui aurait pu jouer dans Stranger Things), puis j’oublie pendant des dizaines d’années ce code.
Nouvelle douche en 2012, je développe à l’époque des jeux débiles sur iPhone avec toute une série de détecteurs de créatures, et nouvelle révélation ! Et si j’adaptais cette Eliza à l’iPhone pour donner l’impression aux joueurs qu’ils discutent avec des fantômes, des vampires, des zombies ? Incapable de résister à cette idée, il me faudra plusieurs mois pour faire revivre l’Intelligence Artificielle et en faire une version française un peu crédible. Notre grammaire est bien plus complexe et le changement de personne (Je <> Vous) beaucoup moins simple.
Cinq ans et quelques douches plus tard, nous sommes en juin 2017. Les Escape Games et le Geocaching ont remplacé le développement iPhone dans ma liste de loisirs geeks. L’eau coule en pluie sur ma tête, des neurones et synapses se réveillent et font une nouvelle fois surgir Eliza ! Et si…
Geocaching
…et si j’adaptais une troisième fois ce code pour en faire une énigme de Geocaching ? Je sais que la question est purement rhétorique, c’est déjà trop tard. Pour ceux qui n’ont pas suivi, le Geocaching n’est pas que la recherche de petites boîtes cachées dans les bois. Il y a aussi une partie résolution d’énigmes et toutes les idées sont possibles, surtout les plus folles.
Étant geocacheur parisien depuis seulement un an, je ne connais évidemment pas toutes les 850 caches de la ville et encore moins les 13.000 de l’Ile de France. J’ai pour habitude de demander à deux copains(1) bien plus expérimentés si mes idées existent déjà. Et pour celle-ci, non seulement il n’y a rien de semblable, mais leur enthousiasme me motive.
Je récupère mon précédent développement iPhone et fais une évolution rapide pour valider le concept. Ça marche, il est possible de donner l’impression de discuter avec une cache. C’est juste assez «barré» pour me plaire.
Impossible de faire télécharger une appli iPhone aux geocacheurs, il faut trouver un moyen d’adapter le système et en faire un site web. C’est donc reparti pour deux mois de développement, de portage dans un nouveau langage informatique, de création d’un site. En parallèle de la partie purement technique, le mécanisme de l’énigme prend forme, les étapes nécessaires à sa résolution sont trouvées et semblent possibles. J’hésite encore, est-ce que l’on parlera avec une cache ou avec un psychiatre…
Après une courte période de beta test par des geocacheurs(2) qui vivent en Martinique et qui sauront garder le secret, vient le moment de choisir où sera réellement cachée la boîte dans Paris. Comme à chaque fois, je suis plus excité par l’énigme en elle-même que par la pose de la cache, certains sont des spécialistes de la création de boîtes thématisées, ce n’est pas mon cas. Je trouve tout de même un emplacement dans le thème et décide qu’il est largement temps de la publier. Nous sommes mi-aout, le descriptif est rédigé, ce sera «Je vous écoute» et on parlera à un psychiatre de nos problèmes d’addiction ludique, c’est parti…
Publication

Il y a de nombreuses pistes d’améliorations et je passe les jours suivants à corriger des petits points, à ajouter des easter eggs et à faire une version anglaise. Je réalise qu’il y a des incohérences et que certaines phrases datent de l’époque où je pensais que l’interlocuteur serait une cache et non un psychiatre.
Fous ?
Les premiers logs tombent assez vite et l’imagination des joueurs dépasse celle du psychiatre. Un fou(3) encore plus fou que les autres cherche une cache pour son prochain jalon, son prochain seuil du nombre de caches trouvées. A ma surprise et ma joie, il décide que cette Mystery sera sa 40.000ème cache (soit une moyenne d’une cache toutes les deux heures depuis huit ans, nuits comprises) et me fait la surprise.
Cette énigme lève mes derniers doutes sur la santé mentale des geocacheurs parisiens, ce milieu est cinglé et je m’y sens bien, n’est-ce pas docteur ?
Si vous voulez tester cette énigme : Je vous écoute… – I’m listening to you….
(1) Mes discrets conseillers sont TofLaBeuze et Surfoo
(2) Beta tests par les Bzh972 et Clara972
(3) Monsieur Arnokovic, votre traitement est prêt…




Nous avons largement de quoi occuper les membres de notre équipe de scientifiques, il y a de la fouille, de l’observation, des éléments d’énigmes partout et ils sont globalement dans le thème. La room pourrait ne pas sembler linéaire alors qu’elle l’est totalement. Les cadenas sont peut-être un peu nombreux, mais un système simple permet de les repérer et d’avancer étape par étape. Certaines énigmes demandent de la collaboration, et une bonne dose d’adresse pour l’une d’elle. Il y a plusieurs moyens de la résoudre et si vous n’avez que des mains gauches, vous devriez pouvoir trouver une solution en trichant un tout petit peu. Comme un coéquipier est champion de France de Docteur Maboul, nous la passons très rapidement. D’autres manipulations sont très originales et nous adorons jouer aux petits chimistes. Enfin, certains textes sont en anglais et pourraient rebuter les équipes anglophobes, mais le GM nous assure que cela est très rare et que les mots utilisés sont très simples.




Le premier contact avec la jungle et les abords du temple est étonnant. Nous sommes littéralement transportés et l’atmosphère est incroyable, il y a un très beau travail de décors. La jungle est bien là, l’éclairage réussi et même s’il manque des bruitages, l’immersion est parfaite. Comme dans beaucoup d’aventures, la première épreuve consiste en une fouille minutieuse des lieux. Et comme dans beaucoup de nos aventures, nous passons à côté d’un élément important. Une fois ce point réglé, le premier casse-tête apparaît et nous imaginons assez bien ce qu’il faut faire, sauf que cela ne fonctionne pas. Nous insistons sur la manipulation à effectuer, varions les mouvements, mais toujours rien. Après un long moment et sans action de notre part, la jungle prend vie, des bruitages d’oiseaux se font entendre, étrange, il n’y en avait pas jusque là. La GM nous signale alors qu’un problème électrique a perturbé le début de notre mission et qu’elle va nous ajouter 7 minutes de temps supplémentaire. La fameuse manipulation fonctionne enfin, mais nous sommes malheureusement déjà un peu sortis du jeu et nous n’y rerentrerons plus vraiment…



Fox in a Box est une entreprise d’origine Serbe et Autrichienne qui a su s’étendre dans le monde entier par l’intermédiaire d’un important réseau de franchises. L’enseigne parisienne avait déjà importé trois scénarios en aout 2015 avec le laboratoire zombie, la banque et le bunker. Cette même franchise sort maintenant des limites de la capitale pour s’installer à Boulogne et en profite pour ouvrir trois autres scénarios, la prison, le tueur du Zodiac et le mystère de Tesla.
La chambre est très réussie, le décor parfaitement crédible. Le faux plafond de bureau est ici aussi présent, mais cela me dérange paradoxalement beaucoup moins que dans le Zodiac, cela tient sans doute à la richesse du mobilier, de la tapisserie, des objets. L’éclairage est étudié et du jazz vient parfaire l’ambiance, c’est confortable, cosy, et ce point est particulièrement travaillé puisque la musique évolue pour laisser place à des bruitages en fonction de notre progression. 


Nous passons de 2017 à 2139 sans vraiment comprendre comment, et arrivons dans un bar presque clandestin, mélange de prohibition et de Steam punk. Les fenêtres sont barricadées par des planches que le soleil transperce à peine, l’ambiance est très réussie. Notre première mission est de rétablir l’électricité, et ce n’est visiblement pas si simple qu’au XXIème siècle. Après de longues secondes, l’un de nous trouve enfin la solution, mais ne peut s’empêcher de jouer à jour / nuit / jour / nuit, cette équipe est définitivement irrécupérable ! Le décor apparaît dans son ensemble et l’atmosphère qu’il en dégage est parfaite. Il y a un peu de bruitages et quelques musiques qui semblent liées à nos actions, un bon point pour l’immersion.

Nous nous approchons du caveau de la famille Saint-Germain, un lieu qui renferme un lourd secret. Devant l’imposante porte, le professeur nous résume l’avancée de ses travaux. Il compte sur nous pour trouver un moyen d’y pénétrer et essaiera de nous protéger des divers pièges et dangers. Il sera physiquement à nos côtés pendant toute l’aventure, prêt à réagir en cas de problème grave.
Après 53 minutes épuisantes, nous nous enfuyons de la crypte en courant et hurlant, l’immense porte se referme sur les secrets des Saint-Germain.

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